En novembre 1997, la France entière retient son souffle. Une auberge isolée au cœur de l’Aveyron, une disparition inexpliquée, un homme au passé trouble. L’affaire de Bez-de-Naussac va devenir l’une des enquêtes les plus obsédantes de la décennie. Retour sur un crime qui a marqué les esprits et révélé un tueur au sang-froid déroutant.
L’affaire Stranieri : une enquête hors normes à Bez-de-Naussac
Le point de départ de ce mystère judiciaire se situe dans l’Essonne. Frédéric Adman et Nathalie Girard dirigent une discothèque au New Love à Viry-Châtillon. En 1997, ils vendent leur établissement à Alfredo Stranieri. Les transactions semblent banales. Sauf que quelques semaines plus tard, les jeunes propriétaires disparaissent.
Devant les questions, Stranieri garde un calme troublant. Il affirme que le couple est parti en voyage. Puis il évoque un suicide. Il s’installe dans la boîte de nuit, utilise leur compte bancaire sans retenue. Personne ne s’étonne vraiment. Le manège dure plus d’un an, jusqu’à ce que le père de Nathalie Girard s’alarme sérieusement.
Un scénario criminel qui défie l’entendement
Le 4 janvier 1999, la folie meurtrière de Stranieri va connaître un nouvel épisode. Il convoite une Jaguar. Le propriétaire, Simon Cohen, se présente à un rendez-vous. Au lieu d’un chèque, il reçoit plusieurs balles de calibre 22 Long Rifle. Par miracle, il survit et parvient à s’échapper. Cet homme deviendra le témoin clé de l’enquête.
L’affaire prend un nouveau tournant. Stranieri, se croyant en danger, décide de se mettre à l’abri. Il tombe sur une petite annonce : la vente d’une auberge à Bez-de-Naussac. L’établissement s’appelle la Bouriatte. Il le rachète pour 200 000 francs, malgré une interdiction bancaire. Le soir de la transaction, les anciens propriétaires, Nicole Rousseau et Claude Mouly, disparaissent à leur tour.
Le dédale des indices mène les gendarmes vers Bez-de-Naussac
Les enquêteurs de l’Aveyron sont face à un véritable dédale d’indices. Stranieri raconte que le couple Rousseau a pris un train, qu’il les a accompagnés à la gare. Une version difficile à vérifier. Pendant ce temps, la pression monte en région parisienne.
Lors de son interrogatoire, les gendarmes découvrent un premier mensonge : Stranieri a usurpé l’identité de son frère. Son vrai nom est Alfredo Stranieri. Il est recherché pour la tentative de meurtre sur Simon Cohen. L’étau se resserre autour de l’aubergiste.
La perquisition de l’auberge de la Bouriatte va tout changer. Selon les éléments de l’époque, plusieurs corps sont retrouvés : ceux de Frédéric Adman et Nathalie Girard à Viry-Châtillon, puis ceux de Nicole Rousseau et Claude Mouly dans le jardin de l’auberge. La police scientifique met au jour un quadruple meurtre commis de sang-froid.
Bez-de-Naussac : le refuge isolé d’un tueur insoupçonnable
l'auberge de la Bouriatte devient un lieu de fascination nationale. Un secret macabre se cachait sous ses pierres. Alfredo Stranieri, ancien gérant de discothèque, s’y est installé comme un coucou dans un nid. Les voisins le décrivent comme un homme discret, parfois froid, mais rien ne laissait présager une telle violence.
Son passé raconte une autre histoire. Condamné pour de petites escroqueries, le trafic de voitures volées, il a toujours vécu dans le mensonge. En s’appropriant l’auberge de la Bouriatte, il signe l’acte final de sa dérive sanglante. Les auteurs de l’époque l’ont surnommé « le coucou », un prédateur qui s’installe dans la vie des autres après les avoir éliminés.
Les zones d’ombre de l’affaire restent tenaces
L’enquête révèle un personnage complexe. En 2003, le procès s’ouvre au tribunal d’Évry. Le tueur nie les faits, élabore des scénarios impossibles, accuse un autre criminel du nom de Von Matt. Rien n’y fait. Les preuves sont accablantes et les témoignages des proches restent gravés dans la mémoire du tribunal.
Le père de Nathalie Girard assiste à toutes les auditions en silence. Il raconte comment sa fille voulait changer de vie, reprendre une auberge en Aveyron. Cette affaire est devenue son obsession. Le verdict tombe en 2003. Alfredo Stranieri est condamné à la prison à perpétuité. Il fait appel, et sa peine est ramenée à vingt-deux ans de réclusion lors du second procès.
Les clés du mystère Bez-de-Naussac : les détails glaçants de l’enquête
Plusieurs détails restent dans les mémoires des enquêteurs. La vente de la Jaguar, le jeu du chat et de la souris avec les familles, l’absence totale de remords. Chaque élément dessine le portrait d’un mythomane prêt à tout pour préserver son train de vie.
Ce qui frappe dans ce dossier, c’est la méthode. Stranieri ne tue pas par passion ni par vengeance. Il tue pour s’approprier des biens : une discothèque, une voiture, une auberge. La période entre 1997 et 1999 a vu sa folie s’accélérer. Quatre morts en dix-huit mois, des mensonges en cascade, et aucune hésitation face au sang.
Les questions sans réponse qui hantent les proches
Aujourd’hui encore, des zones d’ombre demeurent sur l’affaire Stranieri. Pourquoi personne n’a rien vu ? Comment un homme interdit bancaire a-t-il pu acheter une auberge sans éveiller les soupçons ? Le mystère autour de ses motivations profondes reste entier.
Ce crime obsédant de Bez-de-Naussac a laissé des traces profondes dans la région. L’auberge de la Bouriatte existe toujours, mais personne n’y habite plus. Les locaux évitent de s’y rendre la nuit. Cette affaire est devenue une part sombre de l’histoire locale, un nom qui revient dans les discussions quand on évoque les grands faits divers français.
L’héritage judiciaire de l’affaire Stranieri
Le procès de 2003 a marqué les esprits. La perpétuité prononcée à l’encontre de Stranieri reflétait la gravité des faits. Son appel et la réduction de peine à vingt-deux ans ont choqué une partie de l’opinion publique. Mais les faits sont là, et le tueur de Bez-de-Naussac a fini ses jours derrière les barreaux.
Pour les amateurs de faits divers et de suspense, cette histoire demeure un cas d’école. Un homme seul, des mensonges, des vies brisées. Le nom de Stranieri s’inscrit dans la liste des grands criminels français, aux côtés des affaires qui fascinent encore les nouvelles générations à l’heure des podcasts et des documentaires.
Les victimes oubliées derrière le nom du tueur
Il ne faudrait pas réduire cette affaire aux seuls crimes de son principal accusé. Frédéric Adman et Nathalie Girard voulaient vendre leur discothèque pour se lancer dans une nouvelle vie. Nicole Rousseau et Claude Mouly cherchaient à céder leur auberge pour profiter d’une retraite méritée. Leur projet de vie s’est arrêté là, au détour d’une rencontre avec un homme prêt à tout.
Les proches des victimes ont dû vivre avec la douleur de voir leur chagrin étalé dans la presse. Le témoignage du père de Nathalie Girard reste parmi les plus poignants du procès. Cette enquête, marquée par l’obsession d’un homme pour les biens des autres, commence à peine à être rouverte par les historiens du fait divers.
À Bez-de-Naussac, le souvenir reste vif. Les habitants racontent l’arrivée des gendarmes, les toutes premières heures de l’enquête, lorsqu’ils ne savaient pas encore que l’aubergiste cachait un secret aussi lourd. L’affaire Stranieri a révélé que le mal pouvait se terrer dans les endroits les plus paisibles.
- 🔍 1997 : vente de la discothèque le New Love à Viry-Châtillon
- 🚗 Janvier 1999 : la tentative de meurtre sur Simon Cohen autour d’une Jaguar
- 🏡 1999 : l’achat de l’auberge de la Bouriatte à Bez-de-Naussac
- ⚖️ 2003 : condamnation à perpétuité au tribunal d’Évry
- 🔒 2004 : peine ramenée à 22 ans de réclusion en appel
Cette affaire n’a pas fini de parler à l’imagination. Chaque détail de cette enquête, de la petite annonce de la Jaguar aux allées du jardin de l’auberge, forme un puzzle macabre dont les pièces ont été assemblées par les gendarmes de l’Aveyron. Le crime obsédant de Bez-de-Naussac demeure un avertissement sur les abysses de la nature humaine.
Le secret de cette auberge n’est plus un secret. Mais dans la mémoire collective, Bez-de-Naussac reste un lieu hanté par son passé. Un nom simple pour une affaire hors du commun, une enquête qui a transformé un village paisible en scène de crime nationale.

Journaliste indépendant passé par la presse magazine, Hugo écume les routes secondaires depuis quinze ans. Il a fondé Auberge Notre Dame pour raconter sans détour les bonnes auberges et tables sincères de France.